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samedi 4 août 2018

"La terre promise". Un poème de Benito Assani

LA TERRE PROMISE
Et tu mourras sur la montagne où tu montes. Tu verras
vis-à-vis de toi le pays ; mais tu n’y entreras point.
BIBLE

Quand Moïse, vieilli, sentit venir sa fin,
Dieu lui dit : « Va ! gravis la montagne,
« Et de là tu verras, au loin dans la campagne,
« La TERRE, Chanaan t’apparaître enfin. »

Le soleil se couchait : un bandeau vert et pâle
Marquait là, à l’horizon, la mer occidentale ;

Là s’étendaient des plaines fertiles,
Des bois, des coteaux et des villes,
C’était elle !... c’était cette terre bénie
Qu’à ses doux yeux promit l’Éternel !
Ô ! Ce cher pays de lait et de miel
Qu’à poursuivre sans cesse il consuma sa vie ;
Pour qui des Pharaons il brava la furie.
Pour qui furent vaincus tant de périls divers,
Les flots, les sables nus, les stériles déserts,
Et souvent même ou la révolte ou l’apathie
D’un vulgaire ignorant, qu’hier comme aujourd’hui
     Il a fallu servir et sauver malgré lui.

C’était elle, ô douleur !... au travers de l’abîme,
Il étendait les bras vers ses lointains sommets !
Mais en vain son regard planait de cime en cime ;
Il devait l’entrevoir, — mais la toucher, jamais !...

Ah pleure l’arrêt irrévocable !
Pleure ! Prophète infortuné !
Au regret amer qui t’accable,
Plus d’un mortel est destiné.
Hélas ! ton sort fut d’âge en âge
Le sort du Héros et du Sage ;

Chaque siècle ici-bas a sa Terre promise,
Qu’il cherche, qu’il poursuit dans les maux, dans les pleurs ;
Et qu’il entrevoit, comme Moïse ;
Mais qui ne fut jamais conquise
Qu’au profit de ses successeurs.

Nous la cherchons aussi, cette terre si belle !
     Nous aussi, debout jour et nuit,
Nous suivons au désert, yeux tournés vers elle,
     L’Espérance qui nous conduit.
     Pareille à la Nue enflammée
Qui guidait les Hébreux vers un nouveau séjour.
     Et marchait devant leur armée,
     Brillante ou sombre tour à tour.

Pour nous sont les travaux, les combats et les peines ;
Les sables sans verdure et les rocs sans fontaines ;
La faim, le chaud, la soif, les tempêtes du ciel ! —
Pour nos fils, — les gazons, les fleurs, les eaux courantes,
L’ombre sous leurs figuiers, le repos sous leurs tentes,
     Le lait, le froment et le miel !...

Mais, non ! — à tous ces biens leur esprit infidèle
Rêvera d’autres biens à notre âge inconnus !
Ce qui nous suffirait ne leur suffira plus ;
Ils voudront à leur tour une terre plus belle.
Comme nous, pour trouver ce Chanaan lointain,
Ils vivront, haletans, dans la soif de l’attente ;
Comme nous, ils mourront les bras tendus en vain
     Vers sa rive toujours fuyante !
Un poème de Benito Assani, poète congolais
Poète Benito Assani

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